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Levées de fonds, pertes, liquidation : les dessous de la chute de SUSU France

Après avoir séduit plusieurs fonds d’investissement et levé près de 9 millions de dollars depuis 2019, l’insurtech SUSU France a été placée en liquidation judiciaire. Une décision qui fragilise l’ensemble de son écosystème africain.

Le 24 juin 2026, le Tribunal des activités économiques de Lyon a prononcé l’ouverture de la liquidation judiciaire de SUSU France SAS, société mère d’un groupe présent en Côte d’Ivoire, au Cameroun, au Sénégal et en République démocratique du Congo.

Courtier de droit français, le groupe distribuait des produits d’assurance en s’appuyant sur plusieurs partenaires, parmi lesquels Allianz/Sanlam, SUNU Assurance, Prévoyance d’Assurance ou encore Finafrica. Son modèle reposait sur des accords conclus avec ces assureurs et sur des activités de distribution et de gestion soumises aux réglementations propres à chaque pays.

La liquidation intervient après une dégradation continue des comptes. Les pertes se sont élevées à 95 366 euros en 2022, puis à 324 470 euros en 2023. En 2024, deux documents financiers présentent toutefois des chiffres différents : le procès-verbal de l’assemblée générale fait état d’une perte de 329 366 euros, tandis que la liasse fiscale 2033-A évoque un déficit de 455 162 euros. Cet écart de plus de 125 000 euros ne trouve, à ce stade, aucune explication dans les documents consultés et soulève des interrogations sur la cohérence du reporting financier.

À cette situation s’ajoute un déficit fiscal reportable de plus de 2,17 millions d’euros à fin 2024. Les capitaux propres demeurent certes positifs, à hauteur de 4,8 millions d’euros, mais ils proviennent essentiellement des différentes levées de fonds réalisées depuis plusieurs années plutôt que des performances de l’entreprise. Dans le même temps, le capital social est passé de 365 340 euros en 2022 à près de 800 000 euros deux ans plus tard.

Depuis sa création, SUSU a financé son développement grâce au capital-risque. L’entreprise a levé environ 9 millions de dollars auprès d’investisseurs tels qu’INCO Ventures, Al Mada Ventures, Janngo Capital, Open CNP, Health54 (CFAO Healthcare), Launch Africa Ventures, Five35 Ventures et Plug & Play Ventures, avec le soutien de Bpifrance.

En juin 2025, un projet d’augmentation de capital réservé aux salariés avait d’ailleurs été rejeté à l’unanimité.

Autre point de vigilance : les créances intragroupe sont passées de 2,9 millions à 4,85 millions d’euros entre fin 2023 et fin 2024. Les documents disponibles ne permettent pas d’en déterminer précisément l’origine. Financement des filiales, refacturations internes ou autres flux liés à l’organisation du groupe : plusieurs hypothèses restent ouvertes.

La décision du tribunal lyonnais pourrait avoir des répercussions bien au-delà de la France. Selon les documents consultés, entre 40 et 45 salariés travaillent pour les filiales de SUSU en Côte d’Ivoire, au Cameroun, au Sénégal et en République démocratique du Congo.

Ces sociétés disposent chacune d’une personnalité juridique propre. À titre d’exemple, SUSU Côte d’Ivoire est installée à Abidjan-Cocody. Elles versaient néanmoins chaque année 60 000 euros de redevance de marque à la maison-mère, auxquels s’ajoutaient d’autres flux financiers. Cette organisation traduit une dépendance économique importante envers une société désormais en liquidation.

Un passif social auprès de l’URSSAF est également évoqué en France et ferait l’objet de discussions. En revanche, aucune information ne permet aujourd’hui de confirmer ou d’infirmer que les cotisations sociales dues aux organismes nationaux CNPS en Côte d’Ivoire et au Cameroun, IPRES et Caisse de Sécurité Sociale au Sénégal, ou encore INSS en RDC ont bien été réglées. Ce point reste donc à vérifier.

La situation pourrait également susciter des inquiétudes chez les clients ayant déjà payé leur contrat d’assurance, notamment les membres de la diaspora ayant souscrit depuis la France afin de couvrir leurs proches restés en Afrique, ainsi que les entreprises locales ayant assuré leurs employés via SUSU.

La continuité des services et le maintien des garanties dépendront notamment de la situation juridique et financière de chaque filiale ainsi que des accords conclus avec les compagnies partenaires.

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