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Sahara occidental : comment le Maroc a retourné la position du Kenya

Le Kenya a discrètement relancé le processus de retrait de sa reconnaissance de la République arabe sahraouie démocratique (RASD) en faveur du plan d’autonomie marocain sur le Sahara occidental. Ce changement diplomatique est le fruit de longues discussions initiées par le Palais royal marocain, appuyé par le géant du phosphate, le Groupe OCP, désireux d’investir massivement au Kenya.

Le président kényan, William Ruto, initialement pressenti pour se rendre au Maroc afin de soutenir la candidature de Raila Odinga à la Commission de l’Union africaine, a finalement envoyé son Premier ministre et ministre des Affaires étrangères, Musalia Mudavadi, en mai.

Lors de cette visite à Rabat, Musalia Mudavadi a signé un communiqué conjoint avec le chef de la diplomatie marocaine, Nasser Bourita. Ce document, non publié par les services kényans, reconnaît le plan d’autonomie proposé par le roi Mohammed VI comme « la seule solution réaliste et crédible » pour résoudre le conflit au Sahara occidental. Cette déclaration n’acte pas encore la fin de la reconnaissance de la République arabe sahraouie démocratique (Rasd) par Nairobi, mais elle ouvre clairement la voie à ce processus.

Ruto, qui conserve des relations personnelles avec le président sahraoui Brahim Ghali, semble néanmoins orienter son pays vers un partenariat prioritaire avec Rabat. Le Maroc a entamé ce rapprochement avec le Kenya dès 2022, année de l’élection de William Ruto. En 2023, le Kenya a ouvert une ambassade à Rabat, dirigée par Jessica Muthoni Gakinya, ex-dirigeante de Safaricom. En mars 2024, Korir Sing’Oei, numéro deux du ministère kényan des Affaires étrangères, s’est rendu au Maroc pour discuter, entre autres, de la construction d’une usine d’engrais.

Derrière ce rapprochement, le rôle du Groupe OCP, acteur clé du secteur des engrais, a été déterminant. Après une période tendue marquée par l’arrestation de cadres du groupe en 2019, OCP s’est imposé comme un pivot diplomatique. William Ruto, ancien ministre de l’Agriculture, a bâti sa campagne sur l’accès des agriculteurs aux engrais bon marché. La promesse d’implantation d’une usine OCP au Kenya est donc devenue centrale.

Pour satisfaire les exigences kényanes, Rabat a appuyé l’obtention, début 2025, d’une licence bancaire pour Attijariwafa Bank, filiale de la holding royale, auprès de la Central Bank of Kenya. La banque, appelée à financer les projets marocains, devra mobiliser un capital de 39 millions de dollars pour opérer dès 2026. Le gouvernement Ruto a réservé deux sites publics pour construire des usines d’engrais. La première, à Eldoret, fief du président, sera développée avec des partenaires russes. La seconde, portée par OCP, s’implantera entre les comtés de Meru et d’Isiolo. La loi kényane exige une participation de 30 % d’investisseurs locaux dans cette filiale, ce qui pousse le groupe marocain à s’associer à des partenaires kényans. Au-delà des engrais, le Maroc souhaite faire du Kenya un relais de son expansion économique en Afrique de l’Est.

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